Coronavirus, perte d'exploitation sans dommages et tartuffes

L'épidémie de Covid-19 qui frappe actuellement l'Europe a donné lieu à un grand morceau de bravoure comme seule la Fédération Française de l'Assurance est capable d'en produire ...

 

Dès le 9 mars, la FFA communiquait: "Un évènement du type de l'épidémie de coronavirus Covid-19 dépasse le périmètre d'intervention de l'assurance. En fonction de sa durée et de son ampleur, une épidémie peut en effet avoir un impact sur l'activité économique globale: en affectant tous les secteurs, ses conséquences économiques deviennent ainsi inassurables. C'est pourquoi la quasi totalité des contrats couvrant les entreprises (perte d'exploitation, rupture de la chaîne d'approvisionnement, annulation d'évènement, défaut de livraison etc ...) exclut l'évènement d'épidémie."

 

En clair et sans décodeur: "Circulez, y a rien à voir et surtout comptez pas sur nous pour verser un centime: ce type d'évènement est in-a-ssu-ra-ble ! Compris ?"

 

En fait le mot clé de ce sous-texte n'est pas "in-a-ssu-ra-ble": c'est ... "quasi" !

 

Pendant que le gouvernement tente "de mettre la pression sur les assureurs" au titre d'une garantie non souscrite et que le grand courtage entend inscrire son action dans le commentaire, par exemple l'excellent "il n'y pas vraiment de solutions d'assurance dommages ou pertes d'exploitation sans dommage répondant sur des risques pendémiques" ou le non moins fabuleux "les couvertures de perte d'exploitation sans dommages ne peuvent être envisagées que sur des périmètres limités c'est à dire sur des évènements qui ne seraient pas systémiques", on est fondé à se demander: et ailleurs ? Est-ce qu'ils s'en sortent avec le même mélange d'amateurisme, d'approximation et de mauvaise foi ... ?

 

Pendant ce temps de l'autre côté de la Manche donc, il semble que l'on s'en sorte pas si mal que ça. La très complotiste BBC nous apprend en effet dans un article du 4 Mars que:

 

- un minuscule Bed & Breakfast dans le Yorkshire dispose dans sa police d'assurance de cet oiseau rare de ce côté-ci de la Manche: une garantie perte d'exploitation sans dommages ! Unbelievable / Mazette ...

- les assureurs Britanniques ont renâclé, comme de ce côté-ci de la Manche, à mettre la main à la poche, arguant de ce que le Covid-19 n'était pas une maladie à déclaration obligatoire

- ce à quoi les gouvernements Ecossais, Irlandais puis Anglais ont répondu dans la foulée en inscrivant le coronavirus sur la liste des maladies à déclaration obligatoire

 

Ceci n'est pas non plus une garantie perte d'exploitation sans dommages
Ceci n'est pas non plus une garantie perte d'exploitation sans dommages

Comme quoi,

 

- on peut traiter ce problème autrement que par l'incantation

- les intermédiaires d'assurance Français qui passent une grande partie de leur temps à pleurnicher seraient peut-être fondés à regarder ce que le marché Anglais (à 2h30 de Paris en passant par la Gare du Nord !) est susceptible de proposer à leurs clients, par exemple dans le cas d'une épidémie à plusieurs vagues. Sait-on jamais ...

 

Pour le reste, il faut espérer qu'on s'orientera rapidement sur quelque chose du même ordre que ce que propose le toujours excellent Charles Sannat: "Bruno Le Maire vient d'expliquer que l'état ne prendra pas en charge les pertes d'exploitation. Et bien c'est pourtant exactement ce qu'il faudrait faire même si cela peut paraître surprenant. Il faut sauver la totalité des entreprises pour sauver le potentiel de reprise. Il faut donc sauver sous la forme d'une soulte mensuelle de perte d'exploitation immédiatement. Puis, il faudra faire les comptes après quand la poussière retombera. (...) La soulte peut être calculée sur la moyenne du CA des mois équivalents des deux dernières années. Il n'y aucune question à se poser. Quoiqu'il en coûte, c'est quoiqu'il en coûte. Sinon, à l'issue de la crise, nous perdrons 30 à 50 % de nos entreprises et de nos commerces, plongeant notre pays dans une récession durable."