Coronavirus, perte d'exploitation sans dommages: de défaite en défaite jusqu'à la victoire ?

Comme nous l'avions annoncé dès le 18.03, le refus des assureurs de garantir les pertes d'exploitation occasionnées par le COVID 19, techniquement justifié mais politiquement intenable, a fait long feu.

 

D'abord critiquée par les mouvements patronaux, leur intransigeance arc-boutée sur les 200 millions d'euros d'aide d'urgence qu'ils ont daigné consentir ("et n'y revenez plus !") a fini par attirer l'attention du politique: d'abord la majorité sénatoriale puis rien moins que la présidence de la république à l'occasion de son allocution télévisée du 11 avril 2020, laquelle annonçait rien moins qu'une mise sous surveillance de la profession s'agissant de sa participation, somme toute très modérée, à l'effort collectif de redressement national ...

 

Il est vrai que, même lorsque la garantie épidémie avait été souscrite au moyen d'une police "Annulation tous risque sauf" , certains assureurs, à l'instar d'ALBINGIA, se seraient débrouillés pour ... différer le règlement, ce que semble démontrer la communication du festival Hellfest ! On notera pour la bonne bouche l'éculé "ce type de pandémie ne rentre pas dans les termes de notre police d'assurance" de la part d'ALBINGIA, ce qui, s'agissant d'une police tous risques sauf, est extrêmement savoureux, en tous cas presque autant que la conclusion du communiqué du Hellfest à la suite de ce refus de garantie: "Deux mots nous viennent à destination de cette compagnie d'assurance censée être spécialisée dans les domaines de l'événementiel et de l'audiovisuel: Fuck you !" ... 

   

 

La Fédération Française de l'Assurance risque de payer très cher une communication hors sol et pour tout dire à courte vue. La tentative désespérée d'éteindre l'incendie en annonçant "des investissements profitables à la collectivité", en l'espèce 1.5 milliard d'euros dans les PME de la santé, sera, à n'en pas douter, sans effet: les connaisseurs auront compris qu'il s'agit du réchauffé de la sempiternelle promesse de consacrer une partie des assurances vie au développement des PME, promesse jamais suivie d'effets à ce jour, l'état des assureurs vie ne permettant pas de penser qu'il en serait aujourd'hui ou demain autrement. La comparaison, par exemple, de la politique de règlement d'ALLIANZ en Allemagne et en France risque de faire encore plus de dégâts: Les Échos du 13 Avril 2020 nous apprennent en effet que le dit assureur a signé, avec d'autres, un accord avec le gouvernement Land de Bavière pour payer rien moins que 10 à 15 % des pertes d'exploitation des boulangeries, restaurants et hôtels pénalisés par le confinement. Il convient néanmoins de souligner qu'à la différence de la France, le Gouvernement Bavarois a là joué son rôle au travers des aides d'urgence qui garantissaient rien moins que 70 % du préjudice de ces professions  (pourcentage à côté duquel les 1500 € par mois de Bruno Lemaire font quelque peu pâle figure). Les assureurs allemands n'y seront donc de leur poche qu'à la hauteur maximum de la moitié des 30 % restants ...

 

C'est sans doute ce qu'à compris Thomas Buberl, le patron d'AXA, quand il se déclare favorable à la création d'un régime d'indemnisation des pandémies au travers d'un pool état - assureurs à hauteur de 50 - 50. Même si une telle mutualisation ne saurait intervenir que pour l'avenir, ce qu'a pris soin de préciser immédiatement Bruno Lemaire, il est tout à fait évident que les disparités constatées entre l'indemnisation à la Française et à l'Allemande du COVID 19 impliqueront très rapidement un effort de solidarité et d'imagination de la part des élites qui nous gouvernent pour encore quelques temps. Suite au prochain épisode donc ...